Les propriétaires genevois soutiennent la transition énergétique ; ce qui leur manque, c'est de la prévisibilité, une vision du coût global et des procédures plus simples. C'est le message porté par Diane Barbier-Mueller, notre administratrice déléguée, lors de la table ronde organisée par le REM à Genève le 3 novembre, animée par Philippe Voland.
Autour de la table, les échanges ont porté sur le déploiement des réseaux thermiques structurants (RTS) et du chauffage à distance (CAD). Diane Barbier-Mueller y a apporté le regard concret des propriétaires, confrontés au quotidien à la décarbonation de leur parc. Voici les trois points qu'elle a développés.
1. Le regard des propriétaires : une transition énergétique qui manque de prévisibilité
Les propriétaires adhèrent aux objectifs de la transition énergétique et au développement des réseaux thermiques structurants (RTS). Leur principale difficulté réside toutefois dans le manque de prévisibilité de leur mise en œuvre. Les horizons de raccordement, parfois annoncés avec des fourchettes de cinq à dix ans, rendent particulièrement difficile la planification des investissements.
Cette situation est aggravée par le manque de souplesse des calendriers de raccordement. Plusieurs opportunités de profiter de travaux pour raccorder des immeubles situés à proximité immédiate du réseau ont ainsi été refusées au motif qu'elles ne figuraient pas dans la planification des SIG.
Le problème devient particulièrement aigu lorsqu'une chaudière arrive en fin de vie ou tombe en panne. Faute de pouvoir se raccorder immédiatement au CAD, les propriétaires doivent parfois investir dans des solutions provisoires coûteuses, alors même que les autorités leur demandent de privilégier le réseau thermique.
La priorité est donc de disposer d'une planification plus réaliste, flexible et coordonnée avec les besoins concrets des bâtiments, afin de permettre aux propriétaires de réaliser les investissements au bon moment et dans des conditions économiquement raisonnables.
2. Le coût global de la transition : préserver la maîtrise des charges
Au-delà du coût du kWh, c'est avant tout le montant final de la facture de chauffage qui importe aux propriétaires comme aux locataires. L'enjeu est de réussir la transition thermique sans entraîner une augmentation disproportionnée des charges immobilières.
Le raccordement au CAD doit ainsi s'inscrire dans une réflexion globale sur la performance énergétique des immeubles. Son coût au kWh étant supérieur à celui du mazout, il est essentiel de l'accompagner d'une réduction des besoins énergétiques, notamment grâce à la rénovation des bâtiments.
La transition doit être envisagée dans une logique de coût global, en conciliant décarbonation, efficacité énergétique et maîtrise des charges pour les propriétaires comme pour les locataires.
3. La priorité pour réussir la transition : simplifier et accélérer les procédures
L'accélération de la transition thermique passe également par une simplification des procédures administratives. Les délais d'autorisation s'allongent et les demandes de compléments se multiplient, parfois avec de nouvelles exigences qui n'étaient pas connues au moment du dépôt des dossiers.
Ces évolutions entraînent des études supplémentaires, des coûts importants et des retards dans la réalisation des projets. Certaines exigences préalables, notamment en matière de sécurité incendie, peuvent ainsi contraindre les propriétaires à engager entre 80'000 et 100'000 francs d'études avant même de savoir si leur projet pourra être autorisé dans les conditions envisagées.
Pour accélérer concrètement la transition, il est indispensable de garantir des procédures plus lisibles et prévisibles, une meilleure coordination entre les services, des exigences clairement définies dès le départ et une limitation des demandes successives de compléments.
Il ne s'agit pas de renoncer aux contrôles nécessaires en matière de sécurité et de protection des locataires, mais de rendre les procédures plus efficaces et proportionnées, afin que la complexité administrative ne devienne pas un frein supplémentaire à la transition énergétique.